Le roi Sucre

Fernando Arrabal, l’Express du 5 août 1999.
Un homme est assassiné. Il tient dans la main droite le Roi noir du jeu d’échecs et dans la main gauche un morceau de sucre. Il avait bu du café. Sur la table repose un échiquier : une partie est commencée (Frederich Glauser, Les Premières Affaires de l’inspecteur Studer, 10/18). Le policier pense que le mort, par sa position, indique le nom de son adversaire, donc son meurtrier. Il analyse la partie : les blancs avaient opté pour le gambit du Roi. Les Noirs avaient accepté. Seuls une dizaine de coups avaient été joués. Les Blancs avaient sacrifié un cavalier : ils avaient donc essayé le vieux gambit Kieseritsky (ouverture inventée par un Letton de l’époque de La Bourdonnais, qui vécut à Paris de 1839 à sa mort, survenue quatorze ans plus tard). Mais les Noirs semblaient connaître la variante. Qui avait trouvé cette parade ? Elle était considérée autrefois comme un excellent début.
L’assassin était donc, se dit le policier, un maître du siècle passé. Andersen ? Morphy ? Non ! Ce ne pouvait être qu’un théoricien. Il finit par trouver. Le coupable portait le même nom que ce spécialiste : Zuckertrot ! De plus, il soignait le diabète, et la victime était diabétique. Élémentaire ! Régis Zuckertrot, ainsi se nommait le médecin. Régis signifie “le roi” et Zucker, “le sucre”. Le roi Sucre : une nouvelle royale d’un auteur viennois et morphinomane !

April 12th, 2007 at 11:29 am
[…] Remember the King Sugar … […]
July 16th, 2007 at 2:58 pm
thanks